PETÖFI (S.)


PETÖFI (S.)
PETÖFI (S.)

En Hongrie, le nom de Pet face="EU Updot" 盧fi est synonyme de poésie, il est connu de tous, et la position qu’il y occupe est, en quelque sorte, semblable à celle de Shakespeare en Angleterre. Surgi comme un météore dans la littérature hongroise, il en a modifié considérablement les tendances dominantes et a influencé non seulement ses contemporains, mais aussi des poètes modernes comme Gyula Illyés, qui n’ont échappé que difficilement à son emprise. Le génie poétique de Pet face="EU Updot" 盧fi a créé un nouveau monde de poésie, un monde qui n’avait rien de commun avec le classicisme figé et les mornes élégies de ses prédécesseurs dans la littérature hongroise. Ceux-ci, pour la plupart, s’efforçaient d’imiter le Sturm und Drang [cf. STURM UND DRANG], les classiques et les romantiques allemands. Pet face="EU Updot" 盧fi, lui, préférait le langage gracieux et policé de Vörösmarty et les expériences des lakistes, Wordsworth, Coleridge et Southey qui avaient décidé de rapprocher la langue poétique et l’idiome naturel. Cette simplicité, à laquelle se mêlait un brin de naïveté populaire, atteignit son plus haut degré chez Pet face="EU Updot" 盧fi dont la poésie semble très peu s’écarter de la prose, voire de la banalité. Il parvenait à hausser n’importe quel sujet au niveau poétique, et cela avec naturel, dans une langue qui se trouvait en parfait accord avec la poésie populaire. Bien qu’on puisse parfois l’accuser de nationalisme, ce qui diminuerait son mérite aux yeux des lecteurs étrangers, Pet face="EU Updot" 盧fi apparaît par excellence comme le poète de la liberté et de la révolution, thèmes si chers à l’Europe du XIXe siècle. Les qualités de ce poète mort en luttant pour la révolution lui assuraient naturellement un rôle de chef spirituel et de prophète. Cette image de Pet face="EU Updot" 盧fi est aujourd’hui encore vivante en Hongrie. Les difficultés de traduction n’ont pas empêché la diffusion de ses œuvres dans de nombreux pays à partir de 1845; en France, Saint-René Taillandier l’introduisit dans la Revue des Deux Mondes en 1851.

«L’instinct est mon guide»

Fils d’un aubergiste de campagne et d’une servante, Pet face="EU Updot" 盧fi, né à Kisk face="EU Updot" 盧rös, eut une enfance et une adolescence assez mouvementées. Lorsque, en 1842, son premier poème fut publié dans une des principales revues littéraires de Hongrie, il avait déjà fréquenté une douzaine d’écoles, son père l’avait renié, il s’était engagé dans l’armée et en avait été renvoyé, et s’était essayé au métier d’acteur. Il mit un terme à ses vagabondages en 1844, lors de son engagement comme éditeur assistant du magazine littéraire Pesti Divatlap (La Revue de mode de Pest ). Il était déjà tenu pour un des jeunes poètes les plus doués du moment, et son premier recueil, Versek (Poèmes ), fut publié cette même année. Les meilleurs poèmes de Versek sont déjà tout à fait dégagés du mal du siècle et du maniérisme de l’époque; ils relatent avec naturel et sincérité ses propres expériences. Il utilise la forme de la poésie populaire pour révéler la vie et les conceptions du peuple sur les relations humaines et sur les grands problèmes. Ses tableaux des différents types de vie villageoise, Puszta , sont tous peints de main de maître et brossés en quelques traits. Ils plaisent par leur spontanéité qui charme encore le lecteur. En 1844 paraît également Le Marteau du village (A helység kalapácsa ), poème épique en quatre chants, qui est, en réalité, une parodie d’épopée : tout le prouve, le style aussi bien que les formules descriptives particulières à l’épopée. Le poème n’est pas écrit en hexamètres car, comme La Plaisanterie musicale de Mozart, à laquelle il ressemble sur bien des points, il se moque des exécutions ridicules et des conceptions ineptes, non seulement dans le langage où le sublime est associé au plus grossier pathos, mais aussi dans la construction maladroite et dans l’action continuellement ralentie par des apostrophes, des descriptions et des digressions inutiles. Le Helység kalapácsa a été inspiré par un débat littéraire : il s’agissait de savoir si l’épopée était une chose périmée; mais le poète dépasse le problème particulier et fait une satire sur le faux sublime et sur l’incompatibilité entre le style et le sujet.

C’est toujours en 1844 que Pet face="EU Updot" 盧fi écrivit son chef-d’œuvre de poésie narrative, Jean le Preux (János vitéz ). Ce poème raconte l’histoire d’un enfant trouvé, un petit berger appelé Jancsi Kukorica (parce qu’il avait été trouvé dans un champ de maïs – kukorica , en hongrois). Jancsi est amoureux d’Iluska, orpheline comme lui, dont la belle-mère est aussi cruelle que le beau-père de Jancsi. Mais, ayant négligé son troupeau, Jancsi est chassé de la maison et, après un adieu pathétique aux siens, il s’en va de par le monde. En cet endroit, le récit se partage, comme il arrive fréquemment dans les contes populaires, entre un monde naturel et un monde surnaturel. Chez Pet face="EU Updot" 盧fi, ces deux mondes se rejoignent sans effort, car il a compris que des transitions trop concertées nuiraient au récit. L’unité du réel et du fantastique est aussi naturelle que la réalité subconsciente où sont associés les désirs, les pensées et l’absurde. Le lecteur comprend que les épisodes et les personnages du poème sont les symboles du subconscient collectif des paysans hongrois. Dans János vitéz , l’unité artistique est due à deux thèmes, celui de l’amour constant que János voue à Iluska et celui de la persévérance du héros, qui, pour atteindre son but, triomphe à la fois des difficultés croissantes venant de l’extérieur et de la dépression, du découragement qui le guettent. Son désespoir ne se traduit jamais dans des actes, et le simple bon sens des petites gens lui évite de tomber dans l’abstraction. János vitéz est la meilleure expression du genre populiste dans la littérature hongroise.

Amour et politique

Les grands espaces de l’Alföld (La Grande Plaine ), qui avaient libéré l’âme du poète, s’étaient mués en symbole de la liberté politique. Sa conception de la liberté lui fait dépasser les frontières nationales et «chaque battement de son cœur exprime une prière pour le bonheur du monde»; cette petite phrase de Egy gondolat bánt engemet (Une pensée me tourmente ) exprime un point culminant de sa pensée, le poète est devenu un apôtre de la liberté, il prépare le combat final qui délivrera l’opprimé de l’oppresseur.

La vie de Pet face="EU Updot" 盧fi, plutôt paisible, fut troublée par de nombreuses amours extrêmement romantiques, qui toutes se terminèrent mal, mais qui furent à l’origine de nombreux poèmes. Les deux recueils Les Rameaux de cyprès du tombeau d’Etelke (Cipruslombok Etelke sirjáról , 1844) et Nuages (Felh face="EU Updot" 盧k , 1846) révèlent un sentiment de tristesse et d’amertume, qui atteint un point crucial d’intensité dans des poèmes tels que «Le Fou» («Az face="EU Updot" 盧r face="EU Updot" 老lt»).

En septembre 1847, Pet face="EU Updot" 盧fi fit la connaissance de Júlia Szendrey à un bal campagnard; cette rencontre lui inspira ses meilleurs poèmes d’amour. «Tous les sentiments que j’éprouvais auparavant étaient rêve de poète, un rêve de poète et pas l’amour», écrit-il alors. Les poèmes à Júlia sont dynamiques, spontanés, ardents. Après son mariage avec Júlia, Pet face="EU Updot" 盧fi continua d’écrire pour sa femme des poèmes qui font figure de prophétie :
DIR
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Car s’effeuillent les fleurs et s’enfuit notre vie...Viens donc, ô mon aimée, te blottir sur mon sein.Toi qui tout contre moi mets ta tête chérieN’iras-tu te pencher sur ma tombe demain?Si je meurs le premier de ces deux[que nous sommes,Mettras-tu, dans les pleurs,[un linceul sur mon corps?Si un autre t’aimait, se pourrait-il alorsQue tu quittes mon nom pour le nom[de cet homme?(traduit par Guillevic)/DIR

En 1848, quand éclata la révolution, Pet face="EU Updot" 盧fi était au centre de l’activité politique. Il s’engagea alors dans l’armée, quitta sa femme et son fils et s’en alla mourir sur un champ de bataille en Transylvanie dans l’après-midi du 31 juillet 1849. Ses poèmes politiques furent parmi les meilleurs qu’aient inspirés la révolution et la guerre d’indépendance hongroises.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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